12 mars 2010

Le cœur a ses raisons que la raison ne connais pas.
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Comment faire pour pardonner?

by François Boëdec ,  le 20/04/2006

Eh bien, sans doute avons-nous besoin de savoir comment Dieu s'y prend. Comment il s'y prend avec l'humanité toute entière, comment il s'y prend avec chacun et chacune d'entre nous.

En somme, c'est une invitation à imiter Dieu - pas moins que cela ! - que je vous propose. L'Evangile ne cesse pas de nous dire deux choses sur la manière dont Dieu procède: d'abord, il ne cesse pas de pardonner (Matthieu 18, 21-22). Ensuite, son pardon libère, remet debout, permet de croire que le chemin n'est pas fini. C'est pour cela que je voudrai vous proposer de contempler ensemble l'une des scènes de l'Evangile où Jésus va pardonner, va remettre quelqu'un dans sa dignité. C'est dans l'Evangile selon saint Luc (7, 36-50), l'épisode bien connu de la femme pécheresse.

Arrêtons-nous un instant pour voir la scène. Tout simplement. Jésus est invité à partager le repas chez un pharisien. Ils sont à table et voilà qu'une femme, une prostituée arrive et se met aux pieds de Jésus, commence à pleurer, à embrasser les pieds de Jésus et à les parfumer. Imaginons-nous ce qui se passe. On est tellement habitué à entendre ces textes, qu'on ne mesure plus ce qui se passe vraiment. Pourtant, il y a une force très grande dans cette scène, une certaine violence même. On peut deviner le malaise qui a du prévaloir dans la pièce au sein du groupe des convives.

Observons chaque personnage de la scène, ses gestes, ses attitudes, son regard, ses paroles et essayons d'en tirer profit pour nous-mêmes.

Tout d'abord, regardons l'attitude de la femme et des pharisiens

La femme est là, aux pieds de Jésus. au pied de tout le monde. Elle a le courage de se montrer telle qu'elle est devant Jésus. Elle n'essaye pas de lui cacher la vérité ou de se justifier. Elle n'aura pas fait en vain ces gestes qui sont à la fois l'aveu de son péché mais aussi et surtout la confession de son amour. Jésus pardonne celle qui s'est tenu devant lui dans la vérité de son être et que sa parole va remettre debout. Cela me fait penser à la superbe phrase de St Jean de la Croix qui dit : «Au soir de notre vie, nous serons jugé sur l'amour».

C'est une attitude différente qu'on trouve chez le pharisien. Cet homme qui a sans doute beaucoup de qualités est peut-être quelqu'un de très bien mais il ne pense pas avoir besoin du pardon du Christ. Il montre peu d'amour parce qu'il pense qu'il n'en a pas beaucoup besoin.

 

Face à ces deux personnages, quelle est l'attitude de Jésus ?

Première attitude : il est là. Il est présent à la femme, complètement. Il n'est pas en train de faire comme si elle n'existait pas, en continuant la conversation avec le pharisien (comme on le fait souvent lorsque l'on est dérangé par une sollicitation qui nous gène). Il n'est pas en train de la repousser du pied ou se soustraire à ses gestes. Non, il est là. Il est là de telle manière que sous son regard la femme ne se considère pas comme hors du pardon, rejetée loin de toute réconciliation.

Ici, Jésus dans cette scène nous montre qu'il y a un type de présence à autrui qui signifie qu'on croit en l'autre plus que lui-même et que précisément on croit en l'autre encore davantage quand il doute de lui-même et de sa capacité à se tenir debout ou à se redresser. On croit que tout n'est pas abîmé, tout n'est pas cassé chez l'autre mais qu'il reste toujours un point mystérieux intact qui est comme la brèche par laquelle pourra passer la formidable miséricorde de Dieu.

La deuxième attitude qui est dans le prolongement de la première c'est d'écouter. Certes, la femme à ses pieds ne prononce pas de parole, mais tout son être parle par son attitude, ses gestes, ses pleurs. Et Jésus écoute. Cette attitude d'écoute est une manière d'être là. C'est-à-dire qu'il s'agit d'être celui ou celle à qui il est possible de parler parce qu'il est capable d'écouter. C'est par la parole, et nous le savons tous, que l'homme brise le cercle de la violence où il peut s'enfermer. Parler est libérateur, mais libérateur seulement lorsque l'interlocuteur a une manière d'être et de faire qui est un encouragement à s'exprimer et un accueil à tout ce qui peut vouloir être dit. En fait, nous pouvons aider ou empêcher autrui d'aller aussi loin qu'il lui est possible dans sa parole ou dans son silence.

La troisième attitude de Jésus, c'est sa manière de parler. Pas de bavardages. Le ton est juste, la parole vraie. Une parole qui prend appui sur l'attente de l'autre et qui ne tombe pas à coté. Pas de calcul ou de  grandes théories. Jésus va à l'essentiel : «Tes péchés sont remis, ta foi t'a sauvé. Va en paix». Jésus aurait aussi pu reprendre cette si belle phrase dans Isaïe 43 : «Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t'aime».

Vous avez du prix pour Dieu. Alors je vous invite à la même attitude que celle du Christ vis-à-vis de la femme pécheresse. En vous appuyant sur lui, vous trouverez alors, vous aussi, le juste ton pour pardonner. Et puis, il y a beaucoup de joie dans le pardon reçu et échangé. Souvenez-vous de la grande fête que donne le Père après le retour du Fils prodigue. Souvenez-vous aussi de la phrase de Jésus : «C'est ainsi, je vous le dis, qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de repentir» (Luc 15, 7). Il y a de la joie à vivre le pardon.

 
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