Toutes les fêtes des hommes, chrétiennes ou non sont des célébrations de la vie. Grâce à elles, nous réalisons que nous sommes vivants et que cela durera.
La fête est une parenthèse dans le déroulement du quotidien. Souvent, on vit celui-ci dans une sorte d’inconscience, avec stress, overdose de boulot… On ne se rend plus compte de la valeur de chaque chose. La fête nous permet un retournement sur notre quotidien pour en célébrer la valeur. Nous prenons conscience de ce que nous vivons obscurément. Elle donne une coloration, une nouvelle tonalité à ce quotidien, mais provisoirement et c’est pourquoi il faut la refaire régulièrement. Dans la Bible et dans nos eucharisties, le pain et le vin sont toujours associés. Le pain, c’est la survie, le quotidien: il faut manger pour vivre. Le vin, c’est la gratuité, la fête, le plus de vie. À plusieurs reprises, l’Ancien Testament évoque «le vin qui réjouit le cœur de l’homme» (Psaume 104, 15 ou Juges 9,13).
Quel rôle la fête joue-t-elle dans la vie des hommes?
Toutes les fêtes des hommes sont des célébrations collectives de la vie. Avec elles, nous prenons véritablement conscience que nous sommes vivants et que cela durera. Les fêtes sont des haltes dans le déroulement de nos activités productrices, des temps de gratuité, parfois dispendieux. Nous nous arrêtons pour nous dire: notre vie elle-même est beaucoup plus importante que tout ce que nous faisons pour l’entretenir. Oui, dans la fête, la vie est complètement magnifiée. C’est pour cette raison-là qu’on «s’éclate».
Et les fêtes chrétiennes?
Comme toutes les fêtes, les fêtes chrétiennes entretiennent un rapport au temps. Déjà à la Cène, le Christ établit un rapport avec le passé: la sortie du peuple juif d’Égypte et sa liberté retrouvée (la pâque juive), et avec l’avenir : l’ultime libération et le «banquet céleste» (dans la Bible, la vie éternelle est constamment représentée comme une fête, avec de la musique, des danses, etc.). Jésus lève une coupe de bénédiction pour bénir Dieu pour une résurrection qui n’a pas encore eu lieu, puisqu’il est encore en deçà de la mort.
Nos eucharisties sont aussi à la fois banquet commémoratif de la Pâque du Christ (de sa mort et de sa résurrection) et anticipation du banquet céleste. Nous vivons avec tous les souvenirs qui nous précèdent, et nous sommes là pour faire corps autour d’une espérance pour l’avenir. La célébration sacramentelle est avant tout gratitude pour le passé, le présent et l’avenir. C’est notre foi qui nous fait dire, comme si c’était déjà fait, merci ensemble pour notre résurrection à venir – ce que l’on appelle la vie éternelle.
Qui dit fête dit ensemble, unanimité et communion, avec des langages ou des rites communs. Ces langages sont faits de signes et de paroles qui les accompagnent: le bouchon de champagne qui saute, la lumière, le défilé, le feu d’artifice, la musique, le chant, les beaux vêtements. Ils sont la mise en forme d’un savoir collectif, et le signe d’appartenance à un groupe. Ils resserrent l’alliance entre ses membres. Jeunes et moins jeunes communient autour d’une musique, d’un repas de fête en famille, entre amis, et les chrétiens autour de la Pâque du Christ.
Quelle place la fête occupe-t-elle dans l’Évangile?
Dans les récits d’Évangile, Jésus est bon vivant et assiste à plusieurs reprises à fêtes, repas de noces ou repas plus intimes. Mais cela est aussi cause de scandale pour les pharisiens et espace de transgression. Car Jésus va à l’encontre des pratiques de son temps: il va dîner avec les pécheurs, il s’approche des exclus: «Car il est venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs» (Matthieu 9,9-13). Au cours du repas pascal, dans le récit du lavement des pieds (Jean 13), il choque Pierre en prenant le rôle du serviteur.
Quand il s’invite à déjeuner dans la maison de Zachée, Jésus lui dit: ton passé ne t’enferme pas, tu es pardonné et tu as un avenir de joie devant toi. Dès qu’il s’agit de manger, de boire ou se réjouir, on retrouve la même anticipation, l’allusion au banquet de la fin des temps. Dans la parabole du fils prodigue, le Christ nous invite à nous réjouir parce que nous sommes pardonnés, aimés, attendus par le Père (Luc 15,11-32). À Cana (Jean 2,1-12) et à la multiplication des pains (Matthieu 14,13-21), c’est la surabondance du don de Dieu qui est signifiée.
Posté le 20/12/2006 20:00
Cette espèce d’obligation de «faire quelque chose» le soir du réveillon du 31 décembre, moi ça me gonfle. Je ne suis pas contre l’idée de passer une bonne soirée entre copains, mais de là à se sentir forcé de faire la fête à une date précise… En plus, il est difficile d’échapper à la règle sans passer pour un imbécile.