Il y a certaines heures que nous porterons pour toujours dans notre chair comme si elles y étaient marquées au fer rouge ; ces moments où l’on a eu l’impression de se réveiller d’un cauchemar au milieu d’un champ de ruines, où d’un seul coup, tout s’est défait : tout ce qui auparavant avait force et consistance ne ressemble plus à rien, qu’à un amas de
détritus fumeux et de poutrelles tordues. Après coup, reviennent cent et mille fois le coup de téléphone ou la visite qui ont annoncé la nouvelle, cette réalité qui ne peut s’énoncer qu’à voix basse, tant elle est dure, et abat sur nous chacun de ses mots comme un hachoir. La terre hésite, en ces moments-là , à poursuivre sa ronde, le ciel se retire dans ses hauteurs pour nous laisser pleurer, les murs les plus austères semblent n’attendre qu’un signe pour se pencher et essuyer nos larmes, chaque réalité se reprend, suspend son souffle pour que nous puissions porter le terrible verdict : c’est fini ; cette fois-ci, c’est fini pour toujours, et ce n’était pas encore l’heure. S’est creusé dans le monde un trou béant, un abîme que rien ne peut combler, dont personne, à moins d’être fou, ne peut songer à scruter les profondeurs, et à travers ce gouffre, ce sont les derniers temps qui s’invitent à notre petit-déjeuner.
Ne reste pas penché sur le vide, tu risques de t’enivrer de ténèbres. Tous tes amis éprouvent le besoin de te toucher pour te réassurer un contact avec le monde des vivants. Ils retrouvent d’instinct les gestes élémentaires de l’humanité. Pour toi, c’est encore trop tôt, je sais, mais ce sont eux qui ont raison, ils te rappellent à l’existence. Il n’y a rien à gagner à plonger son regard dans les yeux absents de la mort, rien.
Tout prend une densité extraordinaire
Peu à peu les choses te sont redonnées, en commençant par ce qu’il y a de plus simple : les arbres qui se laissent caresser par le vent, les nuages patiemment assis dans on ne sait quelle salle d’attente, les oiseaux qui ne peuvent pas s’empêcher de chanter, les haut-parleurs et leurs annonces ingénues, la fraîcheur du soir qui vient en s’excusant, les lumières de la ville, lorsqu’elles s’allument une à une sans savoir quelle chapelle ardente elles s’apprêtent à dresser ; tout est comme avant, mais maintenant, tu le perçois autrement : tout prend une densité extraordinaire, comme si dans chacune des choses les plus banales, toute la destinée du monde, avec son poids infini de désir et de question, s’était donné rendez-vous.
Bien sûr, ce qui te vient en même temps, c’est que ces petits présents sont marqués par l’absence de celui que tu aimes. Ce que tu entends, ce que tu vois, c’est d’abord ce qu’il n’entend plus, ce qu’il ne voit plus. Et à nouveau coulent les larmes. Rien ne peut nous consoler de ces liens défaits.
Parfois on dit qu’il faut laisser faire le temps : il n’y a aucune raison qu’il ne sache pas raccommoder aussi cette déchirure, lui qui n’est fait, apparemment, que de raccommodages. C’est vrai ; quoi qu’on sente bien qu’espérer simplement que les choses reviennent comme avant nous installerait dans l’illusion ou la duperie. Il y a quelque chose de cassé, et l’on se doit de respecter cette cassure.
Quelque chose d’encore plus beau que la vie, et plus fort que la mort?
Il peut arriver aussi qu’à travers la brèche ainsi ouverte, quelque chose d’autre apparaisse ; parfois, c’est à peine une ombre, un mendiant qui guette un signe favorable pour entrer plus en avant. C’est une question, une suggestion : se pourrait-il que tout ne se résume pas strictement à ce jeu où la vie et la mort se disputent le morceau et semblent l’emporter tour à tour? Y aurait-il donc quelque chose d’encore plus beau que la vie, et plus fort que la mort? Serait-il possible que ce qui se tissait là , dans les moments heureux, préparait une autre fête, encore plus somptueuse que celle de nos espoirs les plus chers? N’y avait-il pas, dans les promesses faites, dans les appels reçus, dans les recommencements chaque fois si improbables, des liens promis à autre chose qu’à une simple extinction? Si l’univers est plus qu’un jeu de hasard et de contraintes, s’il est le fruit d’une intention, d’une bienveillance créatrice, n’est-ce pas précisément cette puissance gracieuse que nous touchions du doigt dans cet amour qui peu à peu, sans que l’on sache comment, a grandi jusqu'à devenir un arbre immense?Â
Je n’ai aucun argument à avancer pour te convaincre que par ces liens, c’est l’éternité qui creusait ses veines dans nos existences, et qu’elle te redonnera - autrement, sans doute - ceux que tu as perdus. Rien ne t’oblige à croire que la promesse que l’amour porte sera tenue jusqu’au bout, et même au-delà . Il vient d’ailleurs ici presque toujours une objection : c’est trop beau pour être vrai. Mais si c’était, malgré tout, vrai? Le refuserais-tu simplement parce que c’est trop beau?
Une promesse qui ouvre un chemin nouveau
Non, je n’ai rien pour te convaincre de faire confiance à ce mendiant. La seule chose que tu pourras vérifier, c’est ce que produit en toi le consentement à y croire : tout est éclairé autrement, il y a une promesse qui vient de bien plus loin que toi, qui ouvre un chemin nouveau pour toi, pour les tiens, et même, pour le monde. Tu te souviens du récit des pèlerins d’Emmaüs? (tu le trouveras dans l’évangile de Luc, au chapitre 24) ; eh bien, c’est exactement de cela dont il est question. Voilà deux hommes abattus par la mort de Jésus, pour qui tout, d’un seul coup, s’effondre. Au cÅ“ur de leur déroute, ils sont rejoints par un inconnu, qui se met à parler avec eux ; avec eux il refait à l’envers, tout le chemin de leur espérance ; et une fois qu’il est arrivé jusqu’aux racines, il fait mine de partir ; ils le retiennent, l’invitent à manger, et au moment de leur partager le pain, il disparaît à leurs yeux. Qui était ce visiteur ? Pour eux, c’est clair ; tout s’est illuminé d’un seul coup : aussitôt, ils reprennent la route, fous de bonheur et débordants de joie.Â
Et moi, je crois que cette joie, elle t’est offerte, à toi aussi.
Posté par Christian.G le 26/11/2006 21:50
De notre vie terrestre, qu'elle soit plus ou moins longue, une chose est certaine, c'est qu'elle prendra fin...du moins dans sa forme actuelle! Dans son infinie bonté, le Christ nous a aimé le premier et c'est pour celà qu'il nous dit aujourd'hui:< Mc6,50; Mt 17,7.
Chaque jour que Dieu nous donne à vivre, dans son infinie patience, n'est-il pas un cadeau, un temps privillégié baigné de Ses grâces pour nous permettre grâce aussi à notre foi (autre don de Dieu) de nous préparer aux épreuves de la vie en général et de l'épreuve suprême: la mort?
Si nous plaçons, si nous "investissons" notre foi dans le Christ, comment ne pourrions nous pas comprendre, qu'en acceptant de mourir sur la croix pour nous racheter, Il a pris sur lui ta propre peur, tes angoisses qui te tenaillent, toi: sa mort acceptée et sa résurrection te concernent, me concernent, nous concernent tous, chacun qui que nous soyons où que nous soyons.
Avec Lui, il nous a ressuscités...(Ep 2,6) sur nous la mort n'a plus de prise! Dieu, par notre baptême nous accueille dans sa maison. Lorsque nous sommes dans une pièce de notre maison, pour gagner une autre pièce, ne devons nous pas emprunter un couloir? (le couloir de la mort?)
Jésus à fait de notre mort un couloir nécessaire pour atteindre le salon du Père sans quitter pour autant sa maison pour autant que nous désirions y demeurer.
Je considère personnellement qu'il y a notre vie (petit v) terrestre et donc limitée cette vie est comprise dans notre Vie (grand V) cette Vie qui continue notre vie par un segment: la mort, et qui se poursuit dans l'éternité auprès du Père.
Je citerai ici, Sainte Thérèse qui nous a dit dans son dernier souffle:< je ne meurs pas, j'entre pas dans l'éternité>
La mort est une souffrance pour ceux qui restent et qui sont torturés par les souvenirs et l'absence de la personne disparue. Il nous faut demander à Jésus la force de survivre par son accompagnement dans cette épreuve, offrir cette souffrance à Jésus ne restera pas lettre morte car dieu n'aime pas voir ses enfants dans le malheur.
La famille et l'Eglise ont également leur place à tenir dans le soutien des personnes en deuil.
Notre foi forte en Jésus est capable de nous faire traverser ces ravins de la mort.
Ps 22(23),4
J'ai vraiment ressenti ce que je témoigne aujourd'hui lors de la sépulture de mon papa.
Je vous exhorte à exercer votre foi dans ce sens pour que vous continuiez à grandir dans la grâce et la connaissance de jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur (2P 3,18)
A lui la gloire dès maintenant et jusqu'au jour de l'éternité Amen.