Étienne Grieu , prêtre jésuite à Cergy-Pontoise, a écrit pour chacun d'entre nous cette lettre.
Tu sais, j'ai trouvé au moins une vérité grâce à mes parents : c'est la certitude que je ne me suis pas fait ou construit tôt seul. On a beau dire, mais ça fait du bien quand même. Tu ne trouves pas ? Suppose que tu te sois fait toi-même entièrement : eh bien, le jour où tu te trouves un petit truc mal fini ou pas tout à fait au point, contre qui tu pourras râler ? Alors que là , avec des parents, c’est quand même pratique ; on peut leur dire «non mais, vous ne vous rendez pas compte ? vous auriez pu faire attention non ?».
Et c’est vrai, la plupart du temps, ils n’ont pas fait attention à tout : ils ont oublié des trucs, ils ont toujours laissé passé quelque chose de travers ; ils avaient la tête ailleurs, sans doute (ils étaient peut-être amoureux ? Mais là , cela ne nous regarde plus).
Donc, ça fait du bien d’avoir des parents, rien que pour avoir quelqu’un à qui faire des réclamations au cas où ; et puis aussi, quand même, parce que cela veut dire qu’on n’a pas été jeté dans le monde comme une météorite ; mais il ne faudrait pas non plus qu’ils en abusent, de leur position de «géniteurs» ou d’ «éducateurs», comme on dit. Comme si cela leur donnait le droit de tout le temps rappeler la dette qu’on aurait envers eux. Tu connais le poème de Khalil Gibran qui dit : «parents, vos enfants ne sont pas vos enfants» ? C’est vrai : ils ne sont pas que «vos enfants», ils ont une valeur en eux-mêmes, d’ailleurs ils ont chacun un nom qui leur est propre. Si un jour, les disputes et les tensions entre toi et tes parents en venaient à former des nœuds si serrés et si durs qu’ils feraient vraiment mal, alors tu pourrais te rappeler ce poème, et puis y ajouter ensuite une strophe qui préciserait : « Enfants, vos parents ne sont pas vos parents ». Je veux dire par là que, eux aussi, comme toi, ils ont le droit d’exister indépendamment de tous les petits ou gros contentieux qu’il y aura forcément un jour ou l’autre entre vous. Tu n’es pas que leur enfant et ils ne sont pas que tes parents, d’ailleurs eux aussi ils ont un nom qui leur est propre.
En plus de la fête des mères et des pères, il pourrait y avoir un jour dans l’année où les enfants regarderaient leurs non pas comme tels, mais comme Monsieur et Madame : des personnes qui ont une histoire, qui ont aussi sans doute des blessures, peut-être encore des rêves, et certainement en tout cas, des rides sur le visage, trace de sillons qu’ils ont tenté d’ouvrir dans l’existence On pourrait les regarder comme cela, comme un étranger qui les rencontrerait pour la première fois prendrait le temps d’écouter le son de leurs voix et aussi, d’y déceler les notes moins assurées, là où peut-être, il reste quelque chose en souffrance. Cet étranger, moi je suis sûr qu’il pourrait avoir de l’intérêt pour ton père et ta mère, et je pense même que par un côté ou par un autre, il trouverait quelque chose de touchant, quelque chose qui nous les rendrait sympathiques : eux aussi (tiens, eux aussi ?)ils ont essayé de vivre, ils ont cherché à avancer dans l’existence, jour après jour, avec leur modeste balluchon, ils ont fait ce qu’ils ont pu ; eux aussi (ah bon, eux aussi ?) ils ont été maladroits, en se débattant pour vivre et pour aimer, ils ont donné des coups, ils ont sans doute blessé ; dans tout cela, ils ont fait ce qu’ils ont cru bon, et évidemment il leur est arrivé de se tromper ; et tu sais c’est peut-être précisément leur côté un peu bancal qui les rendant touchants aux yeux de cet étranger.
Posté par nico le 09/03/2006 14:12
Mes parents c'est le bonheur!je ne me dispute pas très souvent avec mes parents et quand ça arrive, ça ne dure pas longtemps. Leurs exigences, je les respecte, non pas que je leur fasse plaisir mais parce que souvent, je les trouve normales, logiques. Nous communiquons facilement, ce qui facilite notre relation.En effet, je pense que nous évitons pas mal de conflits grace au fait que nous parlons beaucoup. Je parle, ils m'écoutent pour du vrai, ils parlent et je les écoute pour du vrai. Nicolas, 18ans, binche, belgique