12 decembre 2017

Je voudrais être assez bon pour qu’on se dise : «si tel es le serviteur, comment donc est le maître ?»
Charles de Foucauld
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La pudeur et l’art : une relation ambiguë

by Christine Brion ,  le 11/08/2006

Une des premières missions de l’art est de « représenter », de «donner à voir». Comment faire pour «montrer», tout en faisant preuve de pudeur?

Décryptage des liens complexes entre la pudeur et l’art, en ce qui concerne la peinture, le cinéma et la littérature.

La représentation du nu dans la peinture
C’est le premier domaine auquel on pense lorsque l’on évoque les liens entre la pudeur et l’art. La représentation du corps humain par la peinture a connu toute une évolution. Ainsi durant de nombreux siècles, il était très rare de représenter des hommes et des femmes nus. Certes on pouvait représenter des déesses, des muses…en tenue d’Eve (cf  la Naissance de Vénus de Botticelli) mais les individus comme vous et moi étaient beaucoup plus rares, ne figurant qu’en petits dans les tableaux représentants le Jugement Dernier...
Ce n’est véritablement qu’au XVIIe que la nudité s’expose, avec des peintres comme Rubens, Le Greco… Un pas supplémentaire est franchi au XIXe, paradoxalement l’époque la plus stricte en ce qui concerne la nudité corporelle, par des peintres tels que Manet et Courbet. Le premier peint en 1862 l'Olympia. Le tableau provoque immédiatement un tollé: il s'agit de la première fois qu'on ose peindre une prostituée nue, avec son domestique juste à  côté d'elle. Puis, en 1863, il peint son célèbre Déjeuner sur l'herbe, où on voit une femme nue pique-niquant avec deux hommes, quant à eux habillés. C'est de nouveau un scandale. Courbet n'est pas en reste quant il s'agit de représenter la femme nue de manière très réaliste, sans pudeur. Ainsi, en 1866, il peint l'Origine du Monde, tableau qui ne montre qu'une seule partie du corps de la femme, son sexe. Il s'agit certainement d'une des peintures les plus osées de toute l'histoire et qui, une fois de plus, fit beaucoup parler d'elle...
Depuis, la nudité picturale ne gêne plus: ont suivi les peintures de Picasso, Dali... Quant à notre époque actuelle, la peinture abstraite domine: le problème ne se pose ainsi plus..

La pudeur au cinéma 
Prenons un autre exemple, cette fois-çi dans le domaine du cinéma. Dans les années 30 fut mis au point aux Etats –Unis le «code Hays» (du nom de son inventeur), code d’autocensure qui visait à supprimer dans les films toute référence trop directe au crime ou à la sexualité. Les scénaristes pouvaient évoquer, suggérer, mais ne devaient surtout pas montrer, sans quoi le film serait interdit. Ce qui, au départ, aurait pu affadir le cinéma, brimer la créativité,  s’est en réalité révélé une porte d’entrée sur une créativité encore plus grande. A propos des règles,  Baudelaire lui-même avait dit, dans ses célèbres Fleurs du Mal : « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit, plus intense. »Ainsi un film tel «Gilda » de Charles Vidor, comporte une scène de strip-tease effectué par le personnage éponyme, joué par Rita Hayworth. Mais, censure oblige, le personnage n’enlève pratiquement rien, si ce n’est une paire de gants noirs, devenus célèbres depuis. Ce simple geste, qui pourrait être anodin, suffit pour faire ressentir toute la sensualité et le sex-appeal du personnage (et évidemment par la même occasion de l’actrice). Loin de déplaire aux spectateurs, ce «détournement» l’attire, l’intrigue, parce qu’il l’oblige à fournir un effort, sollicitant  son imagination, au lieu de lui offrir du prêt à consommer. Après un «tel» strip-tease, d’autres paraîtront bien banals…

La pudeur en littérature
Là aussi se posent plusieurs problèmes, particulièrement pour certains genres littéraires: on peut tout particulièrement penser à la poésie et à l'autobiographie (éventuellement l'épistolaire). En ce qui concerne la poésie, genre le plus propice à l'expression des sentiments, les poètes, selon le courant auquel ils adhèrent, ne se livrent pas de la même manière. Si certains poètes, tel Mallarmé, poète de la fin du XIXe, font preuve de beaucoup de pudeur (on parle «d’hermétisme», terme aussi valable en ce qui concerne la signification de ces poèmes), d'autres, au contraire, utilisent leur genre de prédilection pour exprimer, avec parfois peu de retenue,  leurs sentiments : c'est notamment le cas de poètes lyriques du XVIe tel Ronsard, mais aussi de poètes appartenant au courant romantique, tels Hugo, Lamartine, Musset...
Quant à l'autobiographie, son principe de base (le fait de parler de soi-même, de mettre l'accent sur sa vie personnelle) pose là encore de nombreux problèmes: au souci de vérité s'oppose la pudeur de l'auteur. Aujourd'hui la plupart des écrivains/ personnalités qui s'essaient à l'autobiographie ne s'embarrassent pas de tels soucis, allant parfois jusqu'à raconter dans les moindres détails leur vie intime. Et que dire de certains blogs...

 

 moi et la pudeur
Posté par andres le 18/08/2006 13:43

pour moi , je ne révèle mes sentiments et mes coups de coeur qu'a mes amis intimes et ceux dont j'en ai confiance

 Pudeur et nudité
Posté par GrandMax le 22/08/2006 08:36

Je partage très largement le contenu de ce dossier sur la pudeur. Je voudrais simplement faire part d'une expérience concernant la pudeur par rapport au corps. Il me semble que dans notre société la nudité est automatiquement associée à la sexualité et l'exposition de la nudité y est de ce fait réprimée comme "attentat à la pudeur". Or, ayant fréquenté des centres de vacances naturiste avec mes parents, j'y ai constaté que la pratique de la nudité collective était une véritable école de respect de soi même et des autres. Le regard sur le corps y est sain, naturel, pudique et chacun est accepté tel qu'il est (hommes/femmes, jeunes/vieux, handicapés...). Paradoxalement, les plages naturistes sont plus pudiques que certaines plages traditionnelles où l'on s'exhibe avec le dernier string à la mode... L'être humain est beau dans sa nudité originelle qui rappelle le paradis perdu... (sans verser dans l'angélisme, bien entendu...). L'art a bien su le montrer depuis des siècles. Max

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