08 octobre 2008

"Le verbe "aimer" est le plus compliqué de la langue. Son passé n'est jamais simple, son présent n'est qu'imparfait et son futur toujours conditionnel."
Jean Cocteau
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Premières impressions de voyage

by Benoît Lucquiaud ,  le 04/12/2006

Voici trois semaines que je suis arrivé à Conakry. Les choses sont si différentes ici que le temps de la découverte n’est pas fini. L’exotisme est partout et chaque journée livre de nouveaux secrets. Etrangement, lorsque je me rappelle le jour de mon arrivée à Conakry, il me paraît déjà loin.

Loin, et pourtant si présent à mon esprit. Car le vol lui-même est une source d’émerveillement. Lorsque le regard, depuis l’avion, effleure le continent africain, un spectacle étrange se déroule au fil des kilomètres. Le survol de la Maurétanie dure deux ou trois heures pendant lesquelles la monotonie du vol s’accorde bien avec l’aridité désertique. Tout semble uniforme, et morne, et indifférent. Le sable jaune recouvre tout et n’épargne rien jusqu’à un horizon improbable, évanescent. Vide et sans vie, l’étendue offre le spectacle de son évanouissement, comme un géant affaissé sur lui-même, et qui dort. Mais le désert a posé un voile sur lui-même pour fuir les regards négligents. Car le  désert ne s’offre pas d’abord. Il est vaste et ne se donne qu’au rythme de son immensité. Pour celui qui est patient, il devient envoûtant comme un sommeil d’été lorsque la matière de toute chose semble se dérober. De monotone, il devient alors changeant, mouvant et insaisissable. Et lorsque le regard s’attarde et se laisse envahir par son rythme, alors, le géant laisse apercevoir le songe qu’il accomplit et de jaune, le sable devient ocre, se revêt de rouge et se métamorphose au loin, comme un adieu, en un bleu pâle embrassant le ciel. Où commence la terre, où se termine le bleu azuréen, n’y a-t-il pas du désert dans le ciel, et des nuages sous les dunes et l’horizon n’est-il pas un océan ou n’est-ce qu’un jeu trompeur entre terre et soleil? Est-ce le ciel, ou n’est-ce qu’un mirage?

Entre le spectacle lancinant du désert et Dakar, où je me suis arrêté le temps d’une escale, le contraste est saisissant. Ici, la fin de la saison des pluies donne à la ville une coloration verte, inattendue après cette traversée du désert. Aussi Conakry est elle fascinante de verdure car ici, l’eau se donne avec abondance et longtemps. Depuis l’établissement universitaire où je travaille, je peux embrasser du regard une bonne partie de la capitale: partout, des arbres touffus, à tel point qu’en certains endroits, la ville ressemble à une forêt traversée de cours d’eau allant à l’océan et au milieu desquels la mangrove s’épanouit.

Conakry est verte. Et Conakry est rouge. Nombre de routes, en effet, ne sont pas goudronnées. Et la terre, délavée par les pluies, donne une couleur rouge brique à toute la ville car le vent la dépose partout, particulièrement en ce moment où les pluies se font plus rares.
Et Conakry est obscure. En arrivant de nuit, on ne découvre la ville qu’au dernier moment. Les lumières n’y sont pas nombreuses faute d’un approvisionnement en électricité suffisant. Aussi, depuis l’avion aperçoit-on quelques artères importantes bénéficiant de l’éclairage public, quelques bâtiments officiels (ministères, ambassades…). Le reste de la ville est plongé dans une obscurité ponctuée de lumières éparses : celles des particuliers utilisant des groupes électrogènes, celles des gens qui n’utilisent que la bougie et donnent ainsi à leur maison quelque chose de l’aspect vacillant de la flamme, celles enfin des nombreuses voitures circulant à Conakry.

Car Conakry est une ville en mouvement. Tout le monde bouge partout et tout le temps, en empruntant la seule route qui permette de relier un point à l’autre de la presqu’île que forme la capitale. Aussi appelle-t-on cette voie essentielle pour le déplacement «le goudron». Vivre près du goudron facilite les mouvements. Conakry est une ville où l’on se déplace en taxi, innombrables tant ils sont indispensables à tous. Surchargés et cahotants, ils roulent, se faufilent, manquent de se percuter, évitent les nids de poules qui parsèment la route, forcent le passage, doublent en créant pour l’occasion une troisième voie en plus de celle existant, et ils laissent dans leur sillage des gaz d’échappement lourds et noirs qui envahissent tout.
Cette artère principale est aussi un voyage dans l’histoire récente et douloureuse du peuple guinéen. En allant du centre vers la périphérie de la ville, on passe par le pont du 8 novembre, nommé ainsi car, à la même date en 1972, Sékou Touré ordonnait en cet endroit la pendaison publique d’opposants à son régime. Plus loin, la route longe le sinistre camps Boiro, où l’on emprisonnait à discrétion et où l’on croyait torturer dans le secret. Le peuple guinéen a souffert, et le souvenir de ce régime cruel hante les esprits. Un bâtiment porte la métaphore de cette mémoire douloureuse. Situé en face de l’assemblée nationale, voulu par Sékou Touré et commencé sous lui, il est resté inachevé : le chantier ayant été interrompu par la mort du dictateur. Tombant petit à petit en ruine, mais jamais volontairement détruit, ce chantier d’un autre temps, laissé tel quel, sonne comme un douloureux rappel d’un passé que l’on voudrait révolu, et que le temps seul ferait disparaître.

Mais Conakry est vivante. Conakry dévore la vie. Dans la commune de Taouyah, le carrefour du «Transit», nommé d’après un night club qui se trouve là, ne désemplit jamais, ni le jour, ni surtout la nuit où bars et restaurants ne ferment pas. La jeunesse branchée sort beaucoup, et longtemps, comme en témoignent les nombreuses boîtes qui, quelque soit le soir de la semaine, ne désemplissent jamais. Conakry regorge de vie, de jeunesse, et d’énergie. La difficulté à vivre au quotidien, une vie économique minée par une inflation galopante, une incertitude politique liée à la santé depuis trop longtemps défaillante du président Lansana Conté donnent à la jeunesse le goût immodéré de vivre. Et de vivre avec intensité.

Le vert, le rouge, le bruit des voitures et le murmure des marchés qui bordent la route principale, la foule qui vit ici, dehors, discutant, commerçant, vendant au détail tout ce que l’on peut trouver, là se sont portés mes premiers regards sur une capitale guinéenne marquée par la difficulté de vivre au quotidien, hantée par le souvenir du régime cruel de Sékou Touré et par son malheur, assoiffée de vie.

 

 ca semble une belle experience
Posté par yasmina le 09/01/2007 20:27

tout cela semble génial....Quelle belle exprience!!!...COURAGE!

 et les jeunes de Guinée
Posté par charlottep le 06/12/2006 16:52

et dans la vie de tous les jours des jeunes, c'est quoi la différence avec ici?

 Partir
Posté par Jean le 08/01/2007 18:52

J'aimerai bien partir pendant 6 mois en Amérique du Sud pour aider mais où m'adresser

 Pour Jean
Posté par redaction etdieudanstoutca le 10/01/2007 15:56

Adressez-vous à des organismes tels la Délégation catholique pour la coopération (www.ladcc.org) ou consultez le catalogue " Partir et agir dans le monde" des oeuvres pontificales missionnaires (mission.cef.fr).

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