Qu’est-ce qui compte le plus dans votre vie de foi ?
Les moments où je m’abandonne à Dieu et à sa présence, où je me laisse accueillir par Lui. Pour moi, croire que Dieu est présent implique un combat intérieur, surtout quand des tragédies traversent le monde et touchent les jeunes qui passent ici. Mais avoir confiance que Dieu est là ne m’a jamais déçu. Cela passe par une perception de la présence de Dieu, bien plus profonde qu’une réflexion ou une simple émotion : par le chant, quelque chose est touché en nous et vibre plus profondément. Comme si une louange s’éveillait.
Quelle place tiennent les jeunes dans votre vie ? Comment leurs souffrances, questions ou révoltes touchent-ils votre foi ?
Les écouter représente une grande partie de notre vie. Cela nous oblige à renouveler constamment notre foi, notre confiance. Pas une confiance naïve ou superficielle, mais celle d’une foi vécue dans le concret de l’existence quotidienne, et en particulier partagée avec les plus pauvres. C’est pourquoi il est si important que plusieurs frères de Taizé vivent dans les pays pauvres et dans des conditions beaucoup plus difficiles que les nôtres. Les jeunes représentent un énorme défi. Mais quel étonnement de voir ceux qui arrivent ici, un casque sur les oreilles ou exposés aux bruits du monde, entrer dans une prière ! Ils découvrent avec surprise qu’il y a en eux aussi une soif de silence, une soif d’aller au plus profond d’eux-mêmes, là où Dieu leur parle. Alors que dans la société, l’individualisme est érigé en valeur, ils découvrent ici qu’ils ont un désir de communion. Alors qu’ils ont peur de prendre un engagement de vie, ils découvrent en eux une soif de «pour toujours». Les jeunes de tous les continents, présents ici en été, représentent aussi une chance pour la paix ! Les Européens écoutent les Africains, et s’exposent à leur souffrance. Par ces rencontres, la paix se prépare.
Quelle est votre contribution à la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui ?
Est-ce à nous de le dire ? Nous voudrions en tout cas encourager chacun à écouter plus profondément en soi-même. Dans les années 1970-1980, on a pensé que la religiosité allait en diminuant. Maintenant, on se rend compte que ce n’est pas vrai. Si nous ne faisons pas attention à la soif d’un au-delà , présente en chaque être humain, nous fermons les yeux sur une partie essentielle de son existence. Nous voudrions contribuer aussi à une vraie mondialisation, vécue par chacun personnellement en allant à la rencontre des autres peuples. Lors de la mort de frère Roger, de nombreuses personnes ont pu vivre un moment de communion, grâce aux moyens de communication : aujourd’hui, ceux-ci peuvent être moyens de communion. C’est un signe des temps extraordinaire !