Étienne Grieu s'adresse à chacun de nous : "Pour prier, il suffit que tu oses commencer à t'adresser à Dieu".
Je ne sais pas si tu ressens ça toi aussi : quelquefois, on se dit qu’on prierait bien volontiers, mais... pas maintenant. Je prierai le jour où ça viendra tout seul, quand je serai vraiment prêt. Ou bien même, il arrive qu’on ne se sente pas tout à fait présentable pour paraître devant Dieu. Alors tu sais, je t’écris simplement pour t’éviter une trop longue file d’attente : ce n’est jamais très marrant, et ça fait mal aux pieds. Ce n’est pas une grande révélation que je te fais là, mais je tenais à te le dire : prier, c’est à peu près simple comme “ bonjour”.
Se mettre à prier, ce n’est pas plus difficile que d’ouvrir la bouche. Tu sais, quand dans un mariage, tu es assis à côté de quelqu’un que tu n’as jamais vu, ou bien à ton travail, à la fac, au lycée, lorsque tu découvres une tête nouvelle, ou encore quand le matin en sortant de chez toi tu te retrouves nez à nez avec ton voisin que tu ne connais pas. Le premier mot, c’est lui qui souvent se débat pour ne pas sortir. La voix est mal assurée, le sourire un peu maladroit. C’est peut-être pour ça que, dans toutes les langues du monde, on a inventé des petites aides pour dire le premier mot, ou bien ce sont la pluie et le beau temps, par chance chez nous si capricieux, qu’on appelle à la rescousse. Quand on a commencé, presque tout est fait, il ne reste plus qu’à se laisser guider par ce qui se dit, et quand on a complètement oublié de se soucier de la conversation, c’est en général qu’on est vraiment dedans.
Pour te mettre à prier, ce n’est pas plus compliqué que cela ; il suffit que tu oses commencer à parler avec Dieu. Et tu sais, tu peux vraiment lui dire tout : lui raconter ton week-end, donner des nouvelles de tes amis, expliquer ton dernier projet, plaisanter avec lui, lui confier tes soucis, rire, soupirer, pleurer, chanter, que sais-je... Il peut arriver qu’au milieu de tout cela, il se passe quelque chose d’étonnant : parfois, dans le brouhaha d’un repas ou d’une réunion, on entend quelqu’un parler d’une manière différente, et autour de cette personne, une plage de silence s’établit, qui rapidement gagne de proche en proche toutes les conversations en cours, si bien qu’à la fin, la personne en question se retrouve tout étonnée, seule à parler. Souvent elle ouvre des yeux ronds, comme si elle demandait : “ Mais qu’est-ce que j’ai dit ? ” C’est peut-être à cause du ton de sa voix, ou du sujet qu’elle aborde, à moins que ce ne soit un mot qui ait fait tilt. C’est une parole qui sonne autrement, une musique inimitable. Elle impose un certain silence, sans même le vouloir.
La prière, ce n'est pas un lifting!
Fais bien attention à cela, dans ta prière. Quand tu auras commencé à parler à Dieu, il ne serait pas étonnant que tu sois ainsi délicatement interrompu : par quelque chose d’autre, qui appelle à suspendre tout ce qui est en route dans ta tête. C’est comme une porte qui s’ouvre et qui tout à coup te révèle un immense paysage que tu ne soupçonnais pas, et en même temps éclaire l’intérieur de ta maison. Tout est différent, tout reçoit une autre lumière. Les affaires les plus compliquées retrouvent la simplicité d’une question d’enfant. Quand Dieu parle, il se pourrait que cela soit du même ordre.
Alors tu sais, il n’y a plus qu’à rester là, à t’exposer à cette lumière qui te réchauffe, te montre toute chose autrement, comme à travers un autre regard. Souvent tu en ressors délié, élargi, tu respires.
Tu feras aussi une autre expérience, peu à peu : celle d’avancer dans l’existence d’une autre manière. Certes, tu restes comme tu es. La prière, hélas, ne lave pas des défauts de fabrication, elle ne te fait pas l’effet d’un lifting. Ce serait plutôt le contraire. Quand on prie, ce qui en nous est étroit, boudeur, inquiet, violent, misérable – bref, inacceptable – ressort de plus belle. Mais la grande différence, c’est qu’on peut voir cela avec le sourire et la tendresse de Dieu. “ Eh bien voilà : voilà comme je suis ! Mais Toi, tu continues à t’inviter chez moi ? ” C’est toujours très étonnant. Alors, chaque jour devient l’occasion de renouveler cette alliance. Tu n’es plus seul. Même si l’on t’enfermait dans le cachot le plus ténébreux et qu’une fois enterré là, personne ne se souvienne qui tu es, tu ne serais pas tout seul, et tu pourrais encore faire de ta vie une danse.
Il y a une chose que tu ne sauras jamais : c’est que là-dedans, tout doucement, sans que tu le voies, quelque chose bouge en toi. Ton regard change. Il paraît qu’en Afrique, dans la culture bantoue, on dit que hommes et femmes ont plus que deux yeux. Ils en ont quatre, mais deux ne s’ouvrent que lorsque les autres se ferment : à l’heure de la mort. Sauf chez quelques-uns qui naissent avec les quatre yeux ouverts. On pourrait dire que, pour celui qui prie, d’autres yeux s’ouvrent. Et ces deux yeux qu’on a en plus, c’est pour brûler : c’est pour que le feu qui s’allume en ton cœur dans la prière continue de briller pour tes frères, ceux que tu verras dans le bus ou le métro, dans la rue, l’ascenseur ou le couloir, au guichet, au bureau, à la piscine, dans la file d’attente, chez toi, dans le jardin ou la cage d’escalier. Eux aussi, même s’ils ne prient pas, ils ont droit à voir ce que tu as vu, et cela, il n’y a que toi qui puisse le leur donner.
Posté le 11/01/2007 16:39
Je sais bien que les prières peuvent avoir du résultat. Mais je me demande pourquoi avec moi ça ne fonctionne jamais? J’ai prié longtemps car c'était un problème important mais cela n’a pas marché. Pourtant je ne prie pas pour des petites choses.