Comment le Peuple de l’Ancien Testament priait-il Dieu?
Qui est Dieu ? Comment est-il ? Les croyants en prennent progressivement conscience. Ils découvrent que tout ce qu’il y a dans notre vie a quelque chose à voir avec notre relation à Lui, que tout ce qu’il y a en nous doit passer par la prière. Les psaumes et tous les textes qui s’y apparentent s’attachent à des situations très concrètes et contiennent tous les sentiments extrêmes, présents dans le cœur de l’homme : la haine, le désir de vengeance, l’indignation, la souffrance, mais aussi la joie, l’admiration, la reconnaissance…
Peut-on encore aujourd’hui prier avec les psaumes?
Ils expriment ce qu’il y a en nous, conscient ou en sommeil : par exemple, nous n’avons pas toujours envie de nous venger, mais cela peut nous arriver. La lecture des psaumes nous force à étaler devant Dieu notre violence secrète pour la lui remettre, la soumettre à son jugement et à ses soins. Elle nous dépossède aussi de notre prière : ces paroles exprimées par des générations de croyants juifs, nous ne les aurions pas dites tout seuls. En les reprenant, nous faisons nôtres leurs questions. Nous donnons aussi la parole à tous ceux qui par le monde éprouvent ces sentiments extrêmes. Par exemple, un psaume se termine par : «Heureux celui qui écrasera tes petits enfants contre la pierre.» Cette phrase tragique, pleine de désir de vengeance, n’exprime-t-elle pas ce qu’il peut y avoir dans le cœur des personnes torturées aujourd’hui dans certains pays?
Dieu a-t-il vraiment besoin qu’on lui demande des choses pour agir?
Dieu perd-il la mémoire? Faut-il le tirer par la manche pour réveiller son attention? Les réponses du Nouveau Testament paraissent contradictoires. D’une part, le Christ nous invite à prier : «Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez (…) ; quiconque demande reçoit» (Luc 11,9). «Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est dans les cieux» (Matthieu 18, 19). D’autre part, il nous dissuade au contraire d’insister : «Dans vos prières, ne rabâchez pas comme des païens qui s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer, votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous ne le demandiez» (Matthieu 6,7-8).
Que faut-il alors retenir? Que le Père sait ce dont nous avons besoin et s’occupe de nous, mais qu’il faut quand même le lui demander, justement, comme le peuple juif dans les psaumes, pour lui présenter nos soucis et ne pas les enfermer en nous, rester seuls avec eux. La prière ne va pas faire changer quelque chose en Dieu, mais au fond, c’est nous qui sommes transformés par notre mouvement de confiance : nos problèmes deviennent terrain de la rencontre avec Dieu.
Pourquoi l’Église nous demande-t-elle de prier pour les personnes, à la messe par exemple?
À première vue, on a l’air de dire à Dieu qu’on aime ces personnes davantage qu’il ne les aime. En réalité, c’est nous qui rafraîchissons notre mémoire et qui faisons nôtre l’amour que Dieu a pour elles. Nous lui renvoyons son propre désir. C’est comme s’Il avait besoin, pour agir, d’une tête de pont dans l’humanité, de quelqu’un qui aime comme lui-même. Par exemple, Abraham qui le prie de sauver Sodome (Genèse 18,20-32), ou Moïse qui lui demande de renoncer à faire du mal à son peuple après l’épisode du veau d’or (Exode 32, 9-14). Nous sommes dans la logique de l’Alliance qui exige que les deux partenaires soient d’accord. Sans désir commun, rien ne peut se passer entre Dieu et l’humanité. Par notre prière, nous établissons aussi une relation avec ceux pour qui nous prions, et nous sommes sûrs que Dieu est là quand les hommes s’unissent.
Mais bien souvent, nous avons l’impression que Dieu ne bouge pas à notre prière !
À plusieurs reprises, nous l’avons vu, Jésus Christ nous dit que la prière obtient toujours son effet, qu’elle est toujours entendue. Il nous invite à insister, à toujours prier, sans jamais nous décourager (Luc 18,1). Certes, il existe une prière perverse. L’apôtre Jacques indique que la prière entendue est la prière juste, non celle qui demande «afin de dépenser pour nos passions» (Jacques 4,3), et l’évangile de Jean révèle que seule est entendue la prière au nom du Christ, seul chemin possible vers le Père. Mais combien de prières vraiment «au nom du Christ», inspirées par l’amour, par le désir de paix entre les hommes, sont-elles restées sans réponse ?
Est-il impossible d’espérer un miracle?
Dans les évangiles, les récits de miracles nous racontent bien autre chose que des prodiges : ce sont des signes adressés à la foi et liés à l’annonce du Royaume de Dieu et de la Résurrection. Malgré la prière du Christ à Gethsémani : «Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi !», Dieu n’a pas empêché le mal présent en l’homme de dresser la Croix. C’est à nous les hommes qu’il a confié la gestion de notre univers. Ne comptons pas sur des interventions divines pour modifier en notre faveur les lois de la nature, le cours des événements, anéantir les virus, changer les phénomènes météorologiques. Les choses sont ce qu’elles sont et le restent.
Mais alors, quelle réponse Dieu fait-il à notre prière?
Dieu répond en se donnant, en donnant son Esprit. L’Esprit nous est donné pour nous rendre capables d’utiliser la santé ou la maladie, la réussite ou l’échec, bref tout ce qui fait la matière de notre prière, pour aimer davantage. Il provoque en nous des attitudes semblables à celles du Christ qui, à la Croix, a utilisé tout le mal, toute la haine de l’homme pour faire surgir l’amour et la vie. Ainsi, la prière nous permet d’accéder à la ressemblance de Dieu à partir des situations que ni Dieu ni nous n’avons choisies.
Livrez-vous à un exercice de recherche et vous découvrirez que toutes les formules du Notre Père, prière que Jésus nous a confiée, se retrouvent dans le récit de la Pâque. Ce que nous sommes invités à demander, c’est que la Pâque s’accomplisse : c’est-à -dire que tout ce qui, en nous et autour de nous, tend à la mort, devienne vie. Vie éternelle.
Posté le 11/01/2007 16:39
Je sais bien que les prières peuvent avoir du résultat. Mais je me demande pourquoi avec moi ça ne fonctionne jamais? J’ai prié longtemps car c'était un problème important mais cela n’a pas marché. Pourtant je ne prie pas pour des petites choses.