Suppose que ce soir, alors qu tu prends un pot dans le bistrot avec trois bons amis qui ne sont pas des piliers d’Église, la discussion tourne autour de la religion. Et comme ils savent que ces choses là t’intéressent un peu, imagine qu’il y en ait un des trois qui s’en vienne à dire : «Moi, je n’ai jamais bien compris les gens qui croient ; croire ! mais cela veut dire quoi ? Pourquoi ce besoin de soumettre son intelligence, sa vie, sa liberté, à quelqu’un au-dessous de nous ? Est-ce que tout cela, ce n’est pas une forme de démission, de fuite devant ce qui est trop difficile ou trop rude ?» Qu’est-ce que tu dirais ? remarque je parle comme ça, mais si ça se trouve, tu t’es peut-être retrouvé exactement dans ce genre de situation. À moins que la question n’ait jamais franchi les lèvres de tes amis, parce qu’ils savent qu’ils pourraient te blesser. Mais il y a fort à parier que cette question est là , entre la quête et le soupçon, et peut-être même cherchent-ils à tâtons dans ton regard, tes gestes, ta manière de prendre position, une réponse. Ce genre de question, on ne me la pose que rarement, à moi qui devenu un professionnel des choses de Dieu : je suppose - et ils ont peut-être raison – qu’ils craignent un long discours en béton, hermétique à toute recherche et à toute nouveauté. C’est pourquoi, s’il y en a un (ou une) qui peut aider tes amis à exprimer ce qu’ils ont sur le cœur, c’est bien toi.
Ce n’est pas toujours très facile d’y répondre, à leur question. Mais tu as peut-être trouvé peu à peu, au fil du temps, des mots ou des gestes pour dire comment tu crois, quelle lumière tu en as reçu, ce que cela provoque en toi, tout simplement comme tu le ressens et sans cacher ce qui pour toi reste difficile à comprendre. J’écris « lumière » parce que je pense que la foi, elle fait grandir bien des choses en nous, et aussi l’intelligence.
Croire en Dieu, pour moi, ça incite à avancer dans l’existence comme un explorateur, les oreilles à l’affût de tous les bruits, les yeux grands ouverts, attentifs à la moindre trace :passionné par tout ce qui parle de Dieu et de son œuvre extraordinaire. Mais quand on est en exploration et qu’on découvre un endroit pas mal, on dresse la tente, on se fait à manger, et puis on se repose un peu ; on baille, on s’étire et l’on dort ; il faut dire qu’on était tellement fatigué ! Et ouis finalement, on soulève une paupière, on voit un brin d’herbe, on entend un petit ruisseau murmurer, les insectes qui bourdonnent… c’est presque le paradis ! Alors là , je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a une règle presque établi que la loi de la chute des corps : en général, on se retourne sur l’autre côté, et les paupières pèsent si lourd, si lourd, que souriant comme un bienheureux… on se rendort. Si ce petit coin de paradis pouvait se replie sur nous comme un paquet cadeau, on ne le refuserait pas ; pas vrai ?
Posté par gaetan le 17/01/2006 17:53
je ne vois pas pourquoi le fait de croire serait une fuite. a mon sens il faut etre capable de sacrifice et de courage pour vivre sa foi dignemnet. peut etre que aujourd'hui les gens preferent oublier cette question plutôt que de chercher a y repondre. aujourd'hui la mort est un sujet tabou. a telle point que l'on ne fait même plus le deuil des mort.s'abandonner au nihilisme est sans doutes aussi une façon de fuir sa peur